
On sait combien la Normandie, avec la singularité de ses paysages et la qualité de ses lumières, a pu agir sur l’esthétique d’artistes de la fin du XIXème. Avec le désir de faire découvrir aussi des artistes de sa région, le musée Malraux du Havre a sélectionné pour son exposition Jean-Francis Auburtin, les variations normandes, 80 œuvres de ce peintre, tombé dans un relatif oubli. Réalisées principalement à Varengeville-sur-Mer et à Etretat, la plupart de ces compositions de Jean-Francis Auburtin (1866-1930), proviennent de collections privées et n’ont par conséquent jamais été présentées.
Alors qu’il mène une carrière de grand décorateur pour les bâtiments publics qui durera jusqu’en 1924, Jean-Francis Auburtin se révèle être aussi un peintre de chevalet qui excelle dans l’emploi conjugué de la gouache et du fusain. En marge de ses grandes décorations, il réalise une peinture plus intimiste sur le motif. Dans ses aquarelles, sobres et décoratives, l’artiste expurge le paysage de tout détail anecdotique. A l’aide de trois couleurs, servies par un trait à l’encre de Chine, le peintre livre une vision synthétique des points de vue insolites d’Etretat.
Son art se construit au carrefour d’influences diverses. Il pose ses pas dans ceux de Monet, choisissant des sites similaires en Normandie. Il se révèle par ailleurs proche des peintres nabis quand il cerne son motif au fusain et utilise de grands aplats de couleurs. Autour de 1900, son style découle de l’admiration qu’il voue aux grands maîtres de l’estampe japonaise. La série qu’il exécute sur les falaises d’Etretat le classe parmi les meilleurs représentants du japonisme en France.
Tout comme Isabey, Monet, Pissarro, Vallotton ou Ménard ont pu être inspirés par Varengeville, Auburtin y fait véritablement la rencontre avec son paysage et l’expérience de la nature au travers notamment des effets spectaculaires du soleil couchant sur les falaises. Chez Auburtin, il y a comme une compréhension intuitive du paysage avec une étonnante monumentalité et une puissance d’expression qui se traduisent dans ses mers, ses falaises, ses nuages ou sa végétation. Dans son approche intellectualisée du naturel, le symboliste Jean-Francis Auburtin n’est pas moins moderne que ses aînés impressionnistes.
L’exposition s’ouvre sur des toiles purement symbolistes ayant contribué à la renommée de l’artiste avec également un large panorama d’œuvres japonisantes réalisées à Etretat. Cependant, l’accent se porte sur Varengeville où l’artiste se fixa les trois dernières décennies de sa vie. Ce n’est qu’en 1904, lorsqu’il découvre ce site et se lie d’amitié avec Guillaume Mallet, fondateur du Bois des Moutiers, que les peintures décoratives de l’artiste trouvent un souffle nouveau et vont affirmer alors son style. Sa manière d’aborder le paysage change et Auburtin introduit les principes simplificateurs de l’art décoratif dans sa peinture de chevalet. Les formats allongés de ses toiles permettent d’élargir l’horizon de ses compositions. Le temps passé à observer sur le motif les changements climatiques se traduit par des couleurs patiemment nuancées.
Ancré dans son époque, Auburtin participe à cette fin de siècle qui voit naître l’Art nouveau, le mouvement symboliste et la découverte des arts d’Exrême-Orient. Il meurt à Dieppe, en 1930 ; il est enterré dans le petit cimetière marin de Varengeville, dominant ce paysage qu’il a tant contemplé.